Dune – David Lynch (1984)
J'ai été mise en garde, il y a des fans du film de Lynch, il va falloir jouer serrer ! Je ne me permettrai donc pas de commencer en disant qu'il mérite de figurer parmis les nanards les plus géniaux qu'il m'ait été donné de voir. Parce que Dune n'est pas un nanard. C'est un monument, une ode au kitsch et au psychédélisme. Je vais également tenter d'éviter d'entrer dans des détails de scénario afin de rendre la lecture de cet article compréhensible pour chacun, qu'il ait lu / vu Dune ou non.
Le spectateur est toujours prisonnier du filtre de son histoire personnelle. Dans mon cas, je suis enfant de la révolution numérique, nourrie aux effets spéciaux qu'on ne remarque même plus, aux choix de montage qui se font des plus discrets. Là, on les remarque... Dans l'interprétation esthétique pure, même combat. J'ai adoré les petits toutous qui peuplent les salons des Atréides, des carlins je crois, kitschissime ! Les choix de transcriptions de certains états, notamment ceux ayant trait à l'usage de l'Epice et à l'abolition des cadres temporels ont heurté mon oeil formaté. Mention spéciale à la figuration des voyages des pilotes de la CHOM et aux boucliers de combat. La façon dont sont montrées ces chères Bene Gesserit m'a suggeré l'expressionnisme allemand, elles ressemblent au Nosferatu de Murnau. Néanmoins, l'onirisme est bien présent même si les codes utilisés m'ont souvent arraché un gloussement. Entre fondus enchainés à rallonge, vortexs scintillants et incrustations de visages, rien ne manque. Un parti pris esthétique très marqué qui ne trahit pas mais qui ancre le film dans son époque. La bande son relève elle aussi de choix étonnants. Musiques de Toto, récurrence de la voix off, et surtout l'etonnante Voix Bene Gesserit, un peu monstrueuse.
Paul Atréides est interprété par l'un des acteurs fétiches de Lynch, Kyle Mac Lachlan. Le « Orson » de Desperate Housewives. J'ai un peu de mal avec cet acteur peut-être en raison de sa rigidité, je lui trouve en outre peu de charisme. Le jeu des acteurs est souvent très théatral, mais la vision donnée des Harkonnens (les « méchants ») et simplement géniale tant elle reflète bien la perversité, la cruauté et la décadence de cette famille. Sting excelle dans le rôle de Feyd-Rautha, neveu du Baron.
Pour convertir quelques 900 pages en 2h10, des ellipses sont forcement nécessaires. Certes. Mais l'intrigue simplifiée en devient parfois caricaturale et précipitée. Certaines dimensions du livres sont baclées, notamment culturelles et spirituelles, ce qui faisait tout le sel du roman de mon point de vue. Je doute de la possibilité de comprendre le film sans lecture préalable, elle m'a permis de combler les lacunes de scénario. Ceci dit sur la question, je ne suis pas une référence, ayant du mal à comprendre la trame géo-politique de Star Wars... Certaines inventions propres au long métrage m'ont un peu génées car je trouve qu'elles ne se justifient pas, notamment les « modules étranges » ces armes qui marchent à la Voix et dont Paul apprend le fonctionnement aux Fremens.
Pour conclure, c'est un film de commande, Lynch reconnaît lui même s'être planté. Il est cependant à voir, quel que soit le dégré avec lequel on l'aborde, il est marquant et osé dans ses partis-pris et génère une certaine tendresse. Un autre projet mené par Jodorowsky avait été intié, il aurait été interessant d'en voir l'issue. Prochaine exploration visuelle de l'univers de Dune pour moi : la série de 6 heures adaptée pour la télévision et diffusée en 2000.