La clé de l'abîme - José Carlos Somoza
Je l'ai classé n°1 de mes lectures de 2009, et ce n'est pas pour rien !
Petit résumé maison
Mon avis
2 Extraits pour vous donner envie
"-Alors il étouffa un cri. Les étoiles bougeaient. Non à la manière imperceptible des astres mais à vue d'oeil. Elles changeait continuellement de place, toutes de la même façon, pas très vite mais en permanence : après chaque battement de paupières, Daniel remarquait que la carte du ciel était autre. On aurait dit un immense chaudron noir contenant des particules dorées en suspension allant de-ci et de-là, se choquant entre elles, tourbillonnant à des kilomètres de hauteur.
"-Ce sont des bancs de poissons, pas des étoiles, dit Ina. Nous sommes sous la mer, ne l'oublie pas. Ce qui ressemble au ciel est une voute de verre préssurisé, Daniel. C'est la Zone Enfouie. Elle occupe une surface d'environ trente mille kilomètres carrés. (...) Les poissons de cette région dégagent de la lumière depuis des millions d'années en raison de la Couleur, Daniel."
"La croyance affirmait que dans les profondeurs de la terre se trouvait la Cité sans Nom, le symbole sacré du Deuxième Chapitre.
La Ville était comme un corps : rien ne pouvait se cacher ou se perdre sous sa peau.
Mais, pour y entrer, il était nécessaire de trouver sa bouche et, pour trouver celle-ci, sa respiration.
Le vent d'entrée dans la Cité était une touche supplémentaire sur l'instrument de l'air. Les profanes ne le différenciaient pas des brises ordinaires, ces impasses transparentes qui ne conduisent nulle part. Cependant, la peau entraînée savait distinguer les uns des autres.
La jeune fille cherchait le souffle de la Cité.
Elle le sentit soudain. Derrière elle. Elle changea de position et se plaça devant cette brise différente, en écartant les jambes. L'air était comme une langue aride sur sa chair.
Elle se releva enfin et avança avec une assurance absolue, foulant les pierres de ses pieds nus, jusqu'au moment où elle trouva une ouverture étroite sous un mur. A l'intérieur, une obscurité affligée, comme les yeux d'un ami qui meurt en vous regardant.
L'entrée.
Elle revint et récupéra les vêtements et le collier.
Avant même d'entrer, elle pressentit la trace de sa proie."
Petit résumé maison Daniel Kean est un petit employé du Grand Train en Allemagne. Un matin, à bord, il va jouer un rôle crucial dans une tentative d'attentat. Le terroriste va, à son insu, lui transmettre un secret : l'emplacement de la Clé de l'abîme, la seule chose capable de détruire Dieu ? Daniel n'est pas croyant, contrairement à ceux qui vont tenter de s'approprier ce puissant savoir déposé en lui. En effet, dans ce futur indéfini, la Bible est la référence en matière de religion. Celle ci contient 14 chapitres, et à chacun d'eux sont ralliés des groupes de croyants qui effectuent des rituels spécifiques, développent des pouvoirs, honorent des mythes ancestraux et se regroupent en certains points du globe, dans des villes ou dans les entrailles de la terre. Et Daniel Kean, à la fois pilier et jouet de l'histoire, devra apprendre à naviguer dans un océan de pièges et de manipulations.
Mon avis
J'ai découvert Somoza il y a quelques années avec La Dame n°13, j'avais été attirée à l'époque par la couverture issue d'un tableau de Léonor Fini. J'avais tremblé pour ce triller fantastico-ésotérique, et depuis, je suis cet auteur d'origine cubaine. Ainsi, j'avais lu ensuite la Caverne des idées ainsi que la Théorie des Cordes. A la lecture de chacun d'entre d'eux, à des degrés divers, je ressentais beaucoup de plaisir, celui qui nous pousse à dévorer les pages, tout en ayant conscience de certaines faiblesses tels quelques clichés et lourdeurs, dans le style ou dans la narration. Mais là, point de plaisir coupable ou mitigé... c'est un petit bijou ! Comme d'habitude chez Somoza, le suspens est constamment relancé et pour une fois, maitrisé complétement et habilement. Pour le servir, un univers original, foisonnant et complexe divulgué par petites touches. Les images sont fortes et obsédantes, sensorielles. Si Somoza emprunte autant qu'il rend hommage à des influences telles que Lovecraft, l'oeuvre n'en est que plus riche, dans des décors superbes et vertigineux avec cette pointe de perversité qui sait être dérangeante. Une roman d'aventure excitant à l'esthetique finement ouvragée.
2 Extraits pour vous donner envie
"-Alors il étouffa un cri. Les étoiles bougeaient. Non à la manière imperceptible des astres mais à vue d'oeil. Elles changeait continuellement de place, toutes de la même façon, pas très vite mais en permanence : après chaque battement de paupières, Daniel remarquait que la carte du ciel était autre. On aurait dit un immense chaudron noir contenant des particules dorées en suspension allant de-ci et de-là, se choquant entre elles, tourbillonnant à des kilomètres de hauteur.
"-Ce sont des bancs de poissons, pas des étoiles, dit Ina. Nous sommes sous la mer, ne l'oublie pas. Ce qui ressemble au ciel est une voute de verre préssurisé, Daniel. C'est la Zone Enfouie. Elle occupe une surface d'environ trente mille kilomètres carrés. (...) Les poissons de cette région dégagent de la lumière depuis des millions d'années en raison de la Couleur, Daniel."
"La croyance affirmait que dans les profondeurs de la terre se trouvait la Cité sans Nom, le symbole sacré du Deuxième Chapitre.
La Ville était comme un corps : rien ne pouvait se cacher ou se perdre sous sa peau.
Mais, pour y entrer, il était nécessaire de trouver sa bouche et, pour trouver celle-ci, sa respiration.
Le vent d'entrée dans la Cité était une touche supplémentaire sur l'instrument de l'air. Les profanes ne le différenciaient pas des brises ordinaires, ces impasses transparentes qui ne conduisent nulle part. Cependant, la peau entraînée savait distinguer les uns des autres.
La jeune fille cherchait le souffle de la Cité.
Elle le sentit soudain. Derrière elle. Elle changea de position et se plaça devant cette brise différente, en écartant les jambes. L'air était comme une langue aride sur sa chair.
Elle se releva enfin et avança avec une assurance absolue, foulant les pierres de ses pieds nus, jusqu'au moment où elle trouva une ouverture étroite sous un mur. A l'intérieur, une obscurité affligée, comme les yeux d'un ami qui meurt en vous regardant.
L'entrée.
Elle revint et récupéra les vêtements et le collier.
Avant même d'entrer, elle pressentit la trace de sa proie."
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